Le Tiroir à Bricoles.

Le Geste Photographique.

J’ai souvent eu envie d’écrire sur la photo.
Et à chaque fois, une connaissance m’envoyait un lien vers un blog photo en me disant « regarde ça c’est terrible ! » … Et effectivement, à chaque fois ou presque, c’était terrible, et cette envie d’écrire sur la photo était tuée dans l’oeuf par ces petits génies amateurs ou pros.
L’envie m’est revenue comme m’est revenue l’envie de photographier. Voilà des années que je vis de la photo et je me suis rendu compte qu’après toutes ces années de photos « pro », un manque était toujours là, comme une frustration. Alors que j’éprouvais de la fierté à avoir réussi à « vivre de mes photos » (et ceux qui sont dans mon cas savent à quel point cette fierté s’explique), et plus je devenais pro, plus je travaillais avec du matériel et des moyens dont je n’aurais même pas osé rêver quelques années plus tôt, plus il me manquait quelque chose…
J’éprouve beaucoup de plaisir à « faire des images » dans mon travail. Il m’arrive parfois d’avoir ce petit frisson esthétique en me disant  » là la lumière est belle » sur un joli marbre 19e… Il m’arrive parfois d’être fier d’une lumière, après une longue bataille avec une pièce d’orfèvrerie… Mais il me manque souvent un petit quelque chose qui ne dépend pas des moyens mis en oeuvre, du matériel ou même du sujet… C’est autre chose… Pour comprendre et redécouvrir ce qui me manquait, il m’a fallu justement me débarrasser de tout, et revenir à l’essentiel. Revenir aux bases. Et c’est lorsqu’un ami m’a prêté un boîtier argentique (Mamiya Press Universal 6X9) que le déclic (?) s’est produit.
C’était évident… Ce qui me manquait c’était le Geste Photographique.
Je me retrouvais avec un boîtier lourd, robuste, une sorte de petite chambre photographique, utilisant du film 120, avec une visée parallaxe, pas de cellule, pas d’autofocus, pas de moteur, pas d’électronique, mais avec une optique splendide et un format capable de restituer des détails extraordinaires (6X9 cm) !.
D’un seul coup j’ai retrouvé cette envie. L’envie de faire des images. Mais presque pas pour les images, juste pour le plaisir de me dire « je vais me lever tôt, et partir dans la montagne, je vais trimballer ce gros truc qui pèse un âne mort, mais j’ai juste envie de marcher sans but, jusqu’à ce qu’arrive – ou pas – le moment, la lumière, ce frisson esthétique, au détour d’un chemin, au hasard d’un nuage ou d’un mur de pierres. « .  Et plus je pensais à ça, plus l’envie était vive, plus je me rappelais où j’avais connu ce plaisir autrefois. Et je dois citer un nom : Eric Dessert, venu un jour en Belgique dans notre école de photo avec sa petite chambre « folding »en bois pour nous faire découvrir le Geste Photographique. Choisir un lieu et partir sans savoir ce que l’on cherche, laisser les images apparaître devant soi. Et surtout prendre le temps de les cueillir. Ce petit laps de temps entre la vision d’un moment, d’une lumière, d’un sujet à « attraper » et le temps de préparation (poser le trépied, cadrer, faire le point, mesurer la lumière, choisir son exposition vitesse/ouverture, armer le déclencheur, avancer le film, enlever le rideau du magasin film, et déclencher !) ce laps de temps là est assez long, et délicieux car le temps court, le sujet peut bouger, un nuage survenir, tout s’envoler… Il arrive donc souvent de ne pas déclencher, car ne l’oublions pas, on travaille avec du film ! Un rouleau de 120 nous donne avec du 6×9, 9 images par bobine… Autant dire qu’on ne mitraille pas ! Voilà ce qui est délicieux et qui me manquait : pouvoir repartir sans avoir déclenché ! Et revenir avec 9 images, 9 images seulement mais que j’ai hâte de faire développer, avec la peur au ventre d’en avoir raté 3. Redonner de l’importance à chaque déclenchement…

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